La fédération africaine d’action familiale (Faaf) célèbre les 10 ans de son existence. Un colloque a rassemblé les différents membres et acteurs d’action familiale du 24 au 26 janvier 2012 au Codiam à Cotonou sur le thème : « Écologie humaine au service de la vie et de la famille ».
« Le monde actuel traverse une crise anthropologique très grave avec pour conséquence la banalisation de la vie et de la famille, l’instrumentalisation de la personne humaine, les déviances sexuelles de toutes sortes au nom de la liberté. Tous ces comportements contre la nature représentent un grand défi pour l’Afrique dont la culture est portée à la vie et au respect de la famille » souligne avec force Mgr Antoine Ganyé, archevêque de Cotonou, à l’ouverture du colloque le mardi dernier. Une situation de société préoccupante qu’a peint, à la suite de l’archevêque de Cotonou, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, à travers sa communication qui fait ressortir les tares et les faiblesses de l’institution famille. A cet effet le Cardinal a insisté sur la qualité, la vigueur et la résistance à l’usure de l’institution familiale qui sont tributaires de celles des personnes qui la composent (parents et enfants) et des personnes appelées à intervenir individuellement ou collectivement pour la survie. Or, les deux groupes exercent sur la famille une interaction conjuguée au point que les interventions du deuxième groupe peuvent écraser la cellule familiale. Ainsi, affirme le prélat, les pouvoirs publics, les média, les artistes, l’école, la situation socio politique peuvent créer dans un pays des conditions socio-culturelles telles qu’elles annihilent tous les efforts déployés par la famille dans l’éducation de leurs enfants. Par ailleurs fait remarquer le Cardinal, l’un des handicaps majeurs de la vie familiale se trouve être l’égoïsme et l’égocentrisme des membres de la famille qui font que, loin de rechercher ce qui sert à la promotion et au développement intégral de tous, chacun ne poursuit que ses propres intérêts. Ces vices dus à la faiblesse humaine doivent être combattus constamment pour éviter l’effritement des valeurs familiales, a martelé l’archevêque de Kinshasa.
Entre autres tares évoquées par le cardinal comme les enfants sorciers, il a mis un accent particulier sur la dot exorbitante qui est souvent la cause du report des trois formes de mariages, d’autant que la modicité des salaires, associée à la volonté de célébrer avec faste les mariages viennent compliquer la situation. En outre, les familles chrétiennes ne sont pas toujours les moins cupides. Il faut inviter les chrétiens et les hommes de bonne volonté à s’appliquer à trouver une solution juste à ce problème pour le bonheur de ménages et de notre peuple.
Mais la famille n’a pas que des tares et des faiblesses précise le Cardinal Monsengwo. Car elle est pour lui un milieu de joie, de force et de lumière au point que ces dimensions irradient dans toute la société et l’Église. « Le mariage et la famille sont le plus beau cadeau que Dieu ait fait à l’humanité, afin que celui-ci soit vraiment à l’image et à la ressemblance du créateur. Montrons-nous en dignes et responsables car, ‘ce trésor nous le portons dans des vases d’argiles’ (2 Co 4,7). Notre responsabilité n’en est que plus grande. En effet, tout n’est pas gagné le jour du mariage : les valeurs matrimoniales et l’amour sont une conquête quotidienne », conclut le Cardinal.
La quête permanente de cet idéal de la consolidation de la famille justifie la rencontre de la Faaf à Cotonou, marquant son 10e anniversaire et placé sous le thème d’actualité : « Écologie humaine au service de la vie et de la famille ». Plusieurs communications et témoignages ont permis aux participants d’appréhender la nécessité de consolider la famille marquée par les temps modernes de toutes sortes de déviances. L’écologie humaine est inspirée de la théologie du corps de Jean-Paul II, selon Danielle Sauvage, présidente de la Faaf. C’est une expression fréquemment utilisée par Benoît XVI qui œuvre pour que la famille retrouve ses lettres de noblesse et puisse participer à la construction de l’humanité.
Pour le Pape Benoît XVI, la crise des valeurs humaines trouve ses racines les plus profondes dans la remise en question des valeurs du mariage et de la famille. Aussi a-t-il consacré les paragraphes 42 à 46 de Africae Munus à la famille. Au N° 42, il affirme : « La famille est le sanctuaire de la vie et une cellule vitale de la société et de l’Église. C’est en elle que se modèle de manière primordiale le visage d’un peuple ; c’est là que ses membres reçoivent les acquis fondamentaux ; ils apprennent à aimer en étant aimés gratuitement; ils apprennent le respect de toute autre personne en étant respectés; ils apprennent à connaître le visage de Dieu en en recevant la première révélation d’un père et d’une mère pleins d’attentions. Chaque fois que ces expériences fondatrices font défaut, c’est l’ensemble de la société qui souffre violence et qui engendre à son tour de multiples violences».
Pour le Père Philippe Kinkpon, le colloque doit permettre à la Faaf d’être plus dynamique et à l’institut pontifical Jean-Paul II de réfléchir et d’approfondir l’enseignement de l’Église catholique à mettre au service de la Faaf. Mais aussi, il espère que le mouvement gagne plus de pays et que beaucoup d’évêques du continent africain y adhèrent pour le salut de la famille, le salut du continent.
En effet, la famille est une nécessité fondamentale pour la société humaine et pour l’Église. Car l’avenir du monde passe par la famille. L’Église s’emploie à défendre la famille et à la sauvegarder par divers moyens. Elle dénonce tous les faits qui dénaturent le mariage et fragilisent la vie familiale. L’Église est convaincue que si la famille humaine est bien structurée, le monde connaîtra la paix. De plus, beaucoup de constitutions africaines reconnaissent la famille comme fondement de la société. La famille a donc le rôle primordial de former des hommes et des femmes qui feront vivre la société et l’Église. Et elle puise sa force dans l’Évangile car la famille est une communauté de vie et d’amour où se transmettent la foi, les valeurs et les vertus sociales, morales ou spirituelles. C’est d’ailleurs ce que confirme Mgr Nestor Assogba, archevêque émérite de Cotonou : « c’est dans la famille qu’on retrouve l’essentiel de l’amour de Dieu ».
Depuis la fin des années 1950, la famille nucléaire connaît de profondes transformations.
L’Église en Afrique se doit aujourd’hui plus que jamais de défendre la famille, la vie et le mariage car elle a une mission évangélisatrice et sociale.
Le Pape Jean-Paul II avait un grand souci de l’avenir de la famille. Au début de son pontificat, il a convoqué un synode des évêques sur la famille. À la suite des travaux de l’assemblée générale, Jean-Paul II a rédigé l’exhortation apostolique Familiaris consortio le 22 novembre 1981. Dans cette exhortation apostolique, le Souverain Pontife affirme clairement ses idées. Car pour lui, les questions du mariage et de la famille ont besoin d’être approfondies par la réflexion philosophique et théologique. C’est ainsi qu’il a signé le 13 mai 1981 le décret d’érection d’une institution académique. Celle-ci, par ses recherches, sa réflexion, à partir de la révélation de la tradition de l’Église et de l’apport de toutes les sciences humaines, aide l’Église dans sa pastorale familiale.
L’exhortation Familiaris Consortio a suscité une pastorale de la famille au niveau des églises locales pour soutenir et accompagner les familles. Ainsi en 1973, la fédération internationale d’action familiale (Fidaf) est fondée. Mais elle disparaît en 1996 et cède la place à la Faaf. Créée en 2001 dans les locaux de l’institut Jean-Paul II à Cotonou, la Faaf depuis lors est en partenariat avec l’Institut qui lui fournit les moyens doctrinaux pour son action pastorale. Elle s’appuie sur le magistère de l’Église pour accompagner les familles en Afrique. La Faaf est une fédération des associations de l’action familiale qui existent dans 20 pays d’Afrique. Elles s’investissent dans la pastorale familiale au service de la vie. Ces associations sont aussi très actives dans les domaines de l’éducation aux valeurs familiales et de la régulation naturelle des naissances.
Le but du colloque du Cotonou est aussi de faire le point de la fédération africaine d’action familiale depuis 10 ans d’existence. La rencontre de Cotonou permettra de repartir sur de nouvelles bases parce que les défis sont toujours nouveaux et actuels.
Valérie ZINSOU
À la découverte de l’institut pontifical Jean-Paul II ?
L’institut pontifical Jean-Paul II est une œuvre du Pape Jean-Paul II. C’est une institution académique qui par ses recherches, sa réflexion, aide l’Église dans sa pastorale familiale.
Le décret d’érection a été signé dans la matinée du 13 mai 1981. L’institut est donc né principalement pour approfondir les questions de l’amour humain, de la valeur de la personne, du mariage et de la famille.
Selon le souhait du Pape, l’institut a une section au moins sur chaque continent. Il existe donc 8 instituts dans le monde. La 8e section pour l’Afrique francophone est créée le 3 novembre 1997 à Cotonou. La section centrale est à Rome, il y a la section de Valence en Espagne, la section de Washington aux Etats-Unis, la section de Guadalajara au Mexique, la section de l’Inde, la section du Brésil et la section de Melbourne en Australie. La section anglophone d’Afrique est en formation, elle est prévue pour Lusaka en Zambie.
L’institut pontifical Jean-Paul II de Cotonou forme les agents pastoraux pour la licence et le master dans les sciences pour le mariage et la famille, les sciences humaines et de la famille. Il existe aussi la licence canonique et théologique en mariage et famille pour les prêtres qui ont le bac théologique.
Depuis 2006, l’institut s’est ouvert à d’autres filières : la psychologie, les sciences de l’éducation et la philosophie.
Qu’est-ce que l’écologie humaine ?
C’est une expression chrétienne qui a été utilisée à plusieurs reprises par le Pape Benoît XVI. Le terme écologie est très à la mode. Il y a des ministres de l’écologie dans plusieurs gouvernements du monde. L’écologie touche à l’environnement de l’homme, à son bien-être, à sa vie quotidienne, collective et individuelle. Mais l’intention de Benoît XVI en utilisant ce terme de la vie séculière, de la vie politique normale de tous les pays est de l’appliquer à l’homme pour montrer que l’homme doit être aussi protégé moralement dans sa famille, dans l’amour, dans la vie active quotidienne. En clair, tout ce qui touche la vie de l’homme au plan éthique, moral, personnel et familiale doit être aussi pris en considération. L’Église est très favorable à l’écologie mais aussi très favorable à l’écologie humaine c’est-à-dire à tout ce qui pourrait favoriser l’environnement spirituel, humain et moral de l’homme.
Mgr Laffite
« Apprendre aux jeunes à respecter leur corps »
Interview
La Croix du Bénin : Quel est le rôle de l’écologie humaine dans la mise en pratique de la nouvelle exhortation apostolique post synodale ?
Cardinal Monsengwo : L’exhortation apostolique post synodale Africae Munus nous donne d’abord l’ensemble des éléments qui concernent l’engagement de l’Afrique. Le Saint-Père commence d’abord à nous parler des questions qui concernent la notion même de l’écologie, la notion même de la vie humaine, la notion même de justice, de réconciliation et de paix. Ensuite, il distingue les différents groupes de personnes qui doivent appliquer dans leur vie concrète l’exhortation. Et si tout le monde répond à ce qu’il a à faire dans cet ensemble, l’Afrique pourra bien marcher.
Dans votre église à Kinshasa, quelle est la situation de la famille humaine, quels sont les défis et quelles sont les initiatives mises sur pied ?
À Kinshasa, nous avons la Faaf ; nous avons également ce qu’on appelle couramment chez nous l’éducation à la vie, le respect de la vie. Et cette éducation se fait par des équipes formées qui passent dans chaque paroisse et dans chaque communauté ecclésiale de base et dans les écoles. À l’école, on apprend aux jeunes gens et aux jeunes filles à savoir respecter leur corps, à connaître les mécanismes du corps humain de telle façon qu’ils puissent suivre l’évolution du corps humain avec respect. À cette allure, la fille peut connaître son cycle et ne pas se comporter n’importe comment.
Comment pouvez-vous expliquer l’écologie humaine et la famille ?
L’écologie humaine, c’est tout ce qui entre en jeu dans la vie de l’être homme pour faciliter son existence. Le mot écologie est pratiquement à la mode. Il y a des écoles qui étudient l’écologie, des hommes politiques qui parlent de l’écologie. Mais on oublie souvent qu’il n’y a pas que le milieu environnemental. Il y a surtout le milieu humain que l’homme est appelé à garder et à cultiver selon le souhait de Dieu dans la Genèse. Et c’est en cultivant le milieu humain de l’homme qu’on le rend plus sain. Et cette santé de l’homme dans son environnement, c’est cela l’écologie humaine.
Qu’attendez-vous de ce colloque ?
J’attends de ce colloque que les participants prennent plus conscience de leur responsabilité dans l’application des méthodes de planning naturel. J’attends qu’ils connaissent davantage l’implication qu’ils ont pour aider à la diffusion de ces méthodes.
Propos recueillis par Valérie Zinsou



