Pour accéder au pouvoir politique dans une jeune démocratie comme la nôtre, ce que les politiciens se sentent obligés de faire les lie et compromet la qualité de leur performance au moment de gérer le pouvoir. Entre contrôle et gestion du pouvoir, ils vivent une contradiction contre-productive sur plusieurs plans. Un tel phénomène serait à l’origine de la crise du dialogue social qui secoue actuellement le secteur de l’enseignement.
Au premier plan, on peut ne voir que la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui : les enseignants ont déjà vu leur salaire s’améliorer pendant le premier mandat de Boni Yayi, et pourtant ils en demandent davantage ; et le gouvernement dit qu’il n’a pas les moyens de leur accorder une augmentation supplémentaire.
Or une mise en perspective permet de voir qu’il y a dans ce débat plus qu’il n’y paraît. En effet, au cours d’un premier mandat de campagne perpétuelle, Boni Yayi a joué beaucoup sur le registre de don, de gratification et de gratuité présentés et perçus non pas comme un droit mérité par le travail et provenant de l’Etat et donc du contribuable, mais comme une faveur venant d’un président généreux que tout le monde remerciait sans fin. Dans ce contexte, la masse salariale a augmenté de manière significative, en un temps record et cela surtout dans certains secteurs dont l’enseignement, les luttes syndicales jouant en partie sur le style de populisme du président candidat. En ce moment là, « les enseignants patriotes » chantaient la gloire du président candidat jusqu’à sa réélection. Et la campagne du président pouvait compter entre autres choses sur ces leaders d’opinion, surtout dans les zones rurales.
Une fois le président réélu, voici les travailleurs et surtout les enseignants qui poursuivent leurs luttes syndicales, et brandissent les accords et décrets dûment signés. Le gouvernement leur oppose l’argument de la limite de la caisse de l’Etat. Les premiers insistent, argumentant que le gouvernement est dépensier par ailleurs. Et il ne se trouve plus d’ « enseignants patriotes » pour venir à la rescousse du pouvoir en renonçant par exemple à une augmentation de salaire !
Le bras de fer gouvernement-syndicats de l’enseignement n’est qu’un arbre qui cache une forêt. En arrière fond de cette crise dans le secteur de l’enseignement se profile la question générale du passage du premier mandat et de la campagne de réélection à une gestion plus performante du second mandat de Boni Yayi.
André S. QUENUM





