Depuis la prise en charge par l’Etat de la gestion de la campagne 2012-2013 à travers la Sonapra, le gouvernement multiplie les gestes d’incohérence qui risquent de compromettre la filière.
Suite à la suspension de l’accord-cadre entre l’Etat et l’Association interprofessionnelle du coton le gouvernement a mis en place un système qui complique l’existence de la filière.
Dans une correspondance en date du 4 juin adressée au ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, le secrétaire permanent de l’Aic écrit : « L’Aic et les Idi s’étonnent qu’à la demande du Maep, le Conseil des Ministres ait décidé en sa séance extraordinaire du lundi 21 mai 2012, de relever les prix (Cf. encadré) à payer par la Sonapra aux importateurs retenus… Ces nouveaux prix offerts généreusement aux importateurs comportent malheureusement une surfacturation de plus de trois milliards de francs cfa pour l’ensemble des quantités concernées et constitueraient une infraction s’ils étaient appliqués tels quels. C’est pour cette raison que les sociétés SDI et DFA ont quant à elles opposé un refus catégorique et indiqué que leurs engrais sont déjà en cours de livraison au port de Cotonou aux prix adjugés et que la société Wabco devra elle aussi s’y conformer… »
Mais, un mois plus tôt, au cours d’une conférence de presse qu’il a donné le 3 mai dernier le directeur général de la Sonapra affirme : « Compte tenu de la crise de confiance… à l’égard des sociétés Sdi et Dfa, le gouvernement a décidé de passer commande d’un stock tampon de sécurité, au 3e Wabcocotia pour un prix moyen pondéré livré dans les magasins des Cvpc de 366.000 Fcfa la tonne contre 368.760 (chiffre Aic : compte rendu de réunion du bureau exécutif de l’Aic relative à l’approvisionnement des intrants coton graine, campagne 2012-2013) Fcfa de prix moyen pondéré proposé par les deux premiers : Wabcocotia est donc non seulement moins-disant mais avec la garantie d’une livraison rapide dans les magasins des producteurs. En effet le démarrage de la mise en place commence dès le 10 mai 2012 ».
Or selon un cadre du développement rural qui a requis l’anonymat, jusqu’à la date du 5 juin dernier dans les régions de Boukoumbé et Natitingou les paysans attendent désespérément la mise en place des intrants.
Pour un autre agent d’encadrement au centre communal pour la promotion agricole de Natitingou, « aucun gramme d’engrais n’est disponible. Il reconnaît par ailleurs que la vente de l’engrais vivrier a même démarré avant d’être stoppée faute de quantité suffisante ». La situation n’est pas moins critique à Djougou.
A en croire M. Aboudou Madougou, président de l’union des producteurs du coton de Djougou, « en dehors de la semence du coton graine en quantité insuffisante, aucun intrant n’est disponible. Or depuis le 1er juin la plupart des producteurs ont commencé à mettre en terre des semis. D’autres ont même commencé depuis le 28 mai. Car la fréquence de la pluie cette année est très bonne». Et M. Madougou de tirer sur la sonnette d’alarme : « si d’ici le 20 juin 2012 au plus tard, les producteurs n’ont pas l’engrais NPK, ils seront dans la triste obligation de procéder à la semence d’autres produits comme le sorgho en abattant les plants du coton. Et s’en serait fini pour la campagne cotonnière de cette année ». On comprend la nostalgie d’un autre importateur qui a requis l’anonymat. Il se souvient de la période où la Sonapra gérait la filière et où la production allait jusqu’à 500.000 tonnes de coton graine. Se rappellant l’année dernière où plusieurs producteurs ont pris des intrants qu’ils ont plutôt utilisés pour faire du maïs, cet importateur déclare : « le problème du Bénin, c’est que le paysan béninois ne vit plus du coton ». Pendant ce temps la convention de financement par avance de trésorerie à la centrale de sécurisation des paiements et de recouvrement pour la filière coton révèle avec recul l’incongruité de certaines décisions de l’Exécutif.
En effet, cette convention en date du 12 janvier est signée seulement de M. Bruno Roger Lokossou, représentant de la Cspr-Gie, et de M. Cheikh Tidiane N’Diaye, directeur général de Bank of Africa. Nulle part, l’Etat béninois représenté par le ministre de l’Economie et des Finances n’a apposé sa signature. Pourtant l’ancienne ministre de l’Economie et des Finances, Adidjatou Mathys, a été faussement accusée et limogée. Dans sa correspondance du 4 juin, l’Aic souligne : « Le remboursement des crédits intrants de la campagne 2011-2012 écoulée n’est pas achevé à ce jour, faute de paiement par l’Etat de la subvention sur les engrais. Les Idi estiment qu’à défaut du paiement intégral de ladite subvention, pour difficulté de trésorerie, l’Etat devrait tout au moins s’engager à payer en signant la convention de préfinancement de la Boa ayant permis à la Cspr de solder les engagements financiers de ladite campagne… Il est à signaler que la Boa ayant préfinancé le montant de la subvention sans l’engagement de payer de l’Etat, a mis la Cspr et les Idi en demeure de rembourser les échéances du concours avant le 5 juin 2012.
Dans ces conditions, il est aisé de comprendre la nécessité impérative que cette question soit résolue avant le démarrage de la nouvelle campagne comme il est prescrit dans les règles de financement de la filière… »
Il est à souhaiter que la campagne de cette année ne souffre guère de ces incohérences au sommet qui risquent à terme d’emporter la filière au grand dam des populations.
Alain SESSOU
Prix des engrais
L’appel d’offres international lancé pour l’importation des engrais coton au titre de la campagne 2012-2013 à venir et conduit conjointement par l’AIC et l’Etat, a abouti aux prix d’adjudication ci-après:
Engrais NPKSB
- Prix CAF sous palan port de Cotonou: 298.000 FCFA/Tonne Engrais urée
- Prix CAF sous palan port de Cotonou: 249.000 FCFA/Tonne
L’AIC et les IDI s’étonnent qu’à la demande du MAEP, le Conseil des Ministres ait décidé en sa séance extraordinaire du lundi 21 mai 2012, de relever les prix à payer par la Sonapra aux importateurs retenus comme suit:
Engrais NPKSB
- Prix Port de Cotonou pour les Sociétés SDI et DFA: 320.000 FCFA/Tonne
- Prix Hilacondji pour la Société WABCO: 320.000 FCFA/Tonne
Engrais Urée:
- Prix Port de Cotonou pour les Sociétés SDI et DFA: 320.000 FCFA/Tonne
- Prix Hilacondji pour la Société WABCO: 320.000 FCFA/Tonne
Extraits lettre de AIC au ministre de l’agriculture datée du 4 juin 2012



