La chaîne de télévision privée Canal 3 a montré ce week-end les images de militaires en train d’« enlever » des intrants sur un site de l’opérateur privé Patrice Talon à Allada. Ensuite, elle les a montrés en train de convoyer leurs chargements jusqu’à la hauteur de Parakou.
La même télévision a annoncé que des militaires de la garde présidentielle ont arraisonné en haute mer un navire chargé d’intrants appartenant au même opérateur. La nouvelle est tellement surréaliste que certains citoyens auraient raison de penser à une mauvaise blague.
Puis le gouvernement publie un communiqué à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire tenu dimanche dernier (voir page 10). Il revendique les faits et se justifie par son devoir de défendre les intérêts des populations.
Le problème, c’est que le bras-de-fer qui oppose certains acteurs principaux de la filière coton et le pouvoir exécutif n’est qu’un arbre qui cache la forêt. Ce qui inquiète le plus et qui fait peur, c’est le style général de la gestion du pays qui rend possible les affaires comme le Pvi et le coton.
Quelle que soit l’urgence et la gravité de la situation, comment se fait-il que le pouvoir exécutif ne laisse-t-il pas la justice béninoise dire le droit, arbitrer, situer les responsabilités et faire appliquer des décisions de justice ? La liste devient longue du nombre des affaires dans lesquelles le pouvoir de Boni Yayi oublie que l’Etat béninois a une justice. La pratique devient tellement habituelle que les citoyens blasés ne savent même plus comment réagir ni même simplement quand est-ce qu’il faut s’indigner.
Quand on ajoute cette fragilisation de l’Etat de droit au recours intempestif à la force militaire, il faut bien se dire qu’aucun excès n’est désormais exclu. Au fil des dernières années, les Béninois sont largement habitués à un recours préférentiel à la force militaire par le président Boni Yayi. Et dans le cas de l’ « enlèvement » des intrants, pour utiliser les termes même du communiqué du Conseil des ministres, le gouvernement s’abstient de recourir à sa propre police pour recourir plutôt à l’armée et semble-t-il à la garde républicaine.
Même si le Mali n’est pas le Bénin, quand on voit ce que ce pays frère, loué hier pour sa démocratie, est devenu, quand on entend la violence qui fait rage actuellement à Lomé, on ne peut que craindre pour un Bénin où s’étendent de jour en jour l’arbitraire et le non-droit.
André S. QUENUM




