Le Bénin est malade et personne n’est sans le savoir. Mais qui assumeront les responsabilités de ses maux ? La liste des voix qui s’élèvent pour se prononcer publiquement ne fait que s’allonger sans compter les indignations exprimées en privé. Avec l’Appel du Chant d’Oiseau et la déclaration de l’Ordre des Avocats, La Croix publie dans ce numéro une analyse de l’Abbé Alphonse Benoît Quenum, recteur émérite de l’Ucao sur les mêmes préoccupations. Il n’y a plus de doute, les nouvelles du pays sont mauvaises et les signes n’augurent rien de bon. Même si de temps à autres d’heureuses occasions comme le championnat de l’athlétisme africain au Bénin et les Assises catholiques pour un meilleur engagement du chrétien dans la cité, peuvent donner encore des raisons d’espérer.
Seulement, la question de la responsabilité doit être mieux posée. Tout le monde se plaint, tout le monde s’inquiète. Mais qui donc sont les responsables et les coupables de notre « mal être » ? Certes nous sommes nombreux à faire du mal à cette nation. Plus la machine dite de « changement » puis de « refondation » nous tire par le bas, plus elle ouvre grande la voie au pire en chacun de nous. Mais tout le monde n’est pas responsable au même degré. Et continuer à nous cacher derrière la responsabilité collective souvent invoquée, c’est se fondre dans l’anonymat impénitent. De même, passer le temps à jeter la pierre, à inventer des ennemis, à sacrifier des boucs émissaires, à faire sauter des « fusibles » ou à noyer les affaires et les crises dans des commissions d’enquête pompeusement internationales, c’est ajouter de la comédie de mauvais goût à notre mal être.
La justice qui doit situer les responsabilités est très rarement sollicitée dans les affaires et conflits majeurs. Et si elle a des faiblesses, qu’est-ce qui est fait pour la renforcer ? Les mécanismes et les lieux, tels que les média, l’hémicycle et les partis politiques à partir desquels des débats contradictoires pourraient faire éclater certaines vérités, tombent dans l’insignifiance. La société civile, les autorités morales et religieuses se retrouvent largement décrédibilisées.
Résultat : nous sommes dans une société où les responsabilités ne sont ni situées ni assumées. Si constitutionnellement, le pouvoir exécutif est responsable de notre mal être, ceux qui participent à l’animer et se complaisent dans des complicités et des compromissions doivent assumer leur responsabilité devant l’histoire.
André S. QUENUM


