Clôture des assises catholiques du Bénin: Une charte et un observatoire permanent créé

AssisesLes trois jours des travaux des assises catholiques ont abouti à l’adoption d’une charte du chrétien engagé et d’un observatoire permanent pour la bonne gouvernance.

Une charte est adoptée et un observatoire chrétien de la bonne gouvernance est créé. Ce sont-là les deux défis majeurs relevés par les assises catholiques sur l’engagement du chrétien dans la cité qui viennent d’achever leurs travaux, le samedi 30 juin 2012, au palais des congrès à Cotonou. Ces deux instruments de travail du chrétien catholique dans la cité sont le fruit et le terme de longs et riches travaux préparatoires lancés depuis  le  dimanche 4 mars par une conférence inaugurale sous la présidence de  Mgr  Antoine Ganyé, archevêque de Cotonou et président de la conférence épiscopale du Bénin.

Les assises proprement dites démarrées le jeudi 28 juin dernier ont consisté en une restitution des travaux préparatoires. Ceux-ci ont porté sur la contribution de l’Eglise catholique au développement, à la réconciliation, la justice et la paix, à la lumière d’Africae munus et de la doctrine sociale de l’Eglise ; le rapport entre religion et politique dans un Etat laïc ; le concept de la démocratie : éducation aux droits et devoirs de la personne humaine ; la vision chrétienne de la bonne gouvernance ; la spiritualité du chrétien engagé ; la foi en Christ : conversion des mentalités et des comportements et l’accompagnement du chrétien engagé. Les différents échanges qui ont suivi chacun de ces comptes rendus des ateliers préparatoires ont permis aux participants de préciser les idées et d’améliorer les divers rapports.

 

L’appel des politiciens catholiques

L’après-midi de la deuxième  journée des travaux, le vendredi 29 juin, a été l’un des sommets des assises. Les participants ont eu droit ce soir-là,  à une communication intitulée « Contribution des personnalités politiques chrétiennes aux assises », préparée par un comité composé aussi bien de cadres politiques de la mouvance présidentielle que de l’opposition et dirigé par le député de l’opposition Eric Houndété. Le premier ministre, Irénée Koupaki qui est membre de ce comité s’y est fait représenter par sa conseillère chargée des affaires juridiques, Mme Laurence Quenum en même temps porte-parole du comité.

Après s’être entendus sur une définition du mot chrétien comme imitateur du Christ, les personnalités politiques affirment que « le chrétien engagé en politique est un chrétien qui participe au nom de sa foi à l’action multiforme de la politique, de la vie sociale et culturelle ainsi qu’à tout ce qui a pour but de promouvoir le bien commun. Il s’implique, avec d’autres citoyens, dans la remise en cause des structures, systèmes idéologiques et pratiques qui génèrent l’injustice ».

Trois interrogations ont préoccupé ces personnalités au cours de leur communication avec la présence effective au présidium du premier ministre Irénée Pascal Koupaki. Le chrétien catholique peut-il s’engager en politique ? Quel est le rôle de la foi dans l’engagement politique d’un chrétien catholique ? Et  enfin,  quel  soutien et quelles  orientations attendent les personnalités politiques chrétiennes de l’Eglise catholique ? Dans leurs approches de solutions à ces interrogations, les personnalités politiques ont soumis à l’Eglise certaines questions qui se posent  aujourd’hui à leur vie de chrétien engagé. « Le chrétien doit-il demeurer un conformiste ou devenir un révolutionnaire ? Doit-il continuer de subir ou d’agir ? Le chrétien doit-il continuer d’être martyr ? L’église doit-elle continuer à être une structure de fabrication de martyrs, et qui, à la longue se trouveraient  poussés à la périphérie des cercles du pouvoir ? La foi chrétienne dans le milieu politique ne pose-t-elle pas un problème d’écoles sociales ? La politique n’est-elle pas devenue aujourd’hui une affaire de prédateurs à laquelle les chrétiens doivent-ils être préparés » ? Tout en voulant  que l’Eglise leur  donne des réponses à ces questions, les personnalités politiques souhaitent que l’Eglise au Bénin améliore sa perception du chrétien engagé. Car pour celles-ci, « il est temps que l’Eglise apprenne au chrétien à se battre, à agir pour acquérir ses droits et assumer ses devoirs ».  Ici également, plusieurs questions ont été posées  au cours des débats aux communicateurs par les participants.

Au sujet de son silence malgré tous les débats autour des questions de mal gouvernance, la réponse du premier ministre a été la suivante : « Comme la foi, le silence est aussi un refuge. Il est nécessaire pour comprendre les autres. Et il  existe des souffrances qui sont silencieuses ; et comme ça, cela fait peur.  Quand tout le monde se fâche à la fois, ce n’est pas bon ». Et Eric Houndété de renchérir : « Que les cadres politiques prennent au cours de ces assises la décision de s’engager dans la politique. Que nous soyons nombreux en politique pour que lors des votes à l’Assemblée nationale les catholiques soient plus présents dans les prises de décisions qui conditionnent la vie de toute notre nation. Car une seule hirondelle ne fait pas le printemps ».

 

Une charte et un Observatoire

Tout en déplorant l’absence de certains cadres et personnalités  politiques catholiques encore aux affaires ou aux abords immédiats du pouvoir à ses assises, certains participants ont au cours des débats invité les organisateurs à travailler à une mobilisation de tous les  chrétiens catholiques en politique autour des objectifs desdites assises et à surtout éviter de juger certains  ou de jeter l’anathème sur d’autres. A ce sujet, l’évêque de Kandi, Mgr Clet Fêliho, président de la commission justice et paix au sein de la conférence épiscopale du Bénin qui a représenté la conférence épiscopale durant les travaux de ces assises a , dans son discours de clôture rassuré les uns et les autres : « Notre action a été d’aboutir à l’adoption d’une charte du chrétien engagé et à la mise à jour d’un observatoire pour la bonne gouvernance, que la conférence épiscopale travaillera à officialiser et vulgariser ». Et il poursuit : « Comme vous l’avez compris, les travaux n’ont pas été effectués pour stigmatiser qui que ce soit.

Et donc, les évêques ne condamnent et ne condamneront personne. Au contraire, les lettres pastorales périodiques sont là pour nous ramener à l’Essentiel de notre vie, le Dieu en Jésus révélé ». Toutefois, à l’homélie de la messe de clôture des assises  qu’il a présidée à la salle polyvalente du palais des congrès, Mgr Fêliho avertit : « Si notre pays se porte mal, au lieu de chercher à stigmatiser les coupables, il faudrait plutôt que nous, catholiques en particulier, nous demandions en âme et conscience si nous n’en sommes pas quelque peu responsables ». Et Mgr de conclure par une exhortation : « A la sortie des assises, osons prendre l’engagement que nous soient révélées nos insuffisances, dans la vérité et dans la charité. C’est la condition pour un changement vrai de notre condition et du destin de notre pays, si tant est que nous l’aimons réellement et que nous sommes décidés à le  relever ».

En attendant la validation des travaux par la conférence épiscopale du Bénin,  le principe d’une charte du chrétien engagé dans la cité et d’un observatoire chrétien de la gouvernance a été adopté  à l’unanimité des participants.

Les assises ont également lancé un appel à un engagement du chrétien dans la cité, formulé plusieurs recommandations et pris quelques résolutions.

 

Guy Dossou-Yovo

 

 

 

Observatoire chrétien de la gouvernance

Extraits

Chapitre I : Création –

Dénomination – Siège

 

Article 1er : Création

Il est créé en République du Bénin, une structure de veille citoyenne et chrétienne en matière de gouvernance sous l’égide de la Conférence épiscopale du Bénin (CEB).

 

Article 2 : Dénomination

Cette structure est dénommée «Observatoire Chrétien de la Gouvernance». Son sigle est OCG.

 

Chapitre II -    Missions

 

Article 4 : Objectifs

L’Observatoire Chrétien de la Gouvernance a pour objectifs essentiels de :

- Observer toutes les pratiques de gouvernance, qu’elles soient positives ou négatives, aux plans politique, économique, administratif, social et culturel ;

- proposer et organiser une réponse chrétienne catholique appropriée à des maux tels que la corruption, l’impunité, l’injustice, l’inégalité, l’incompétence,  l’ignorance, le manque de conscience professionnelle etc.

- donner aux chrétiens catholiques engagés ou désireux de s’engager au service du Bien commun sur la base des valeurs de la foi chrétienne catholique, des repères  pour les éclairer, les motiver et les soutenir efficacement ;

- analyser et apprécier les faits importants de la vie nationale pour éclairer les prises de position de la hiérarchie catholique ;

- suivre, analyser, conseiller et apprécier le comportement des cadres catholiques notamment lorsqu’ils sont à des postes de responsabilité dans l’appareil d’Etat, dans les entreprises publiques ou autres structures similaires ;

 - soutenir sous des formes adéquates en cas de nécessité, les chrétiens catholiques qui, du fait de leur attachement aux principes directeurs de la charte du chrétien engagé dans la cité, seraient confrontés à des difficultés et à des menaces d’origines diverses.

 

Chapitre III : Domaines

 

Article 5 : Champ d’action

Dans le cadre de l’exécution de sa mission de veille citoyenne et chrétienne, la compétence de l’Observatoire Chrétien de la Gouvernance s’étend à tous les domaines de la gouvernance politique, économique, administrative, sociale et culturelle. 

 

Chapitre IV : Composition

 

Article -6 : Profil des membres

Les membres de l’Observatoire chrétien de la gouvernance sont au nombre de douze (12) dont onze (11) laïcs et un (1) prêtre en la personne du Père aumônier du Mouvement catholique des cadres et personnalités politiques (MCCPP).

Les laïcs sont constitués d’hommes et de femmes désignés en fonction de leur engagement dans la cité, de leur indépendance de toutes structures de pouvoir, de leur probité, de leurs expériences de personnes averties des questions de gouvernance aux plans national, régional, et international touchant les menaces majeures sur l’homme, sa vie, ses droits et sa dignité.

Chapitre  V – Critères

d’élection

 

Article 7 : Critères d’élection

Les membres de l’Observatoire chrétien de la gouvernance sont désignés en raison de leur engagement dans la cité, de leur probité, de leur sens de responsabilité, de leur intégrité, de leur honnêteté.

 

Article 8 : Modalités de désignation

Les membres de l’Observatoire sont désignés par voie d’élection parmi les personnalités chrétiennes engagées, identifiées en raison des qualités évoquées dans l’article 7 ci-dessus.

 

Chapitre VI – Organisation et

fonctionnement

 

Article 9 : Organisation

L’Observatoire chrétien de la gouvernance est composé de douze (12) membres qui s’érigent en assemblée générale pour élire le bureau de l’Observatoire.

Ce bureau est composé de trois (3) membres :

- Un   (1)  coordonnateur de l’Observatoire en la personne de l’aumônier national des cadres et personnalités politiques ;

- Un (1) secrétaire ;

- Un (1) rapporteur.

 

Article 10 : Attributions

du coordonnateur

Le coordonnateur administre l’Observatoire. Il veille à l’élaboration et à l’exécution du budget. En sa qualité de prêtre averti des questions de gouvernance à la lumière de la doctrine sociale de l’église, il apprécie, analyse, évalue les problèmes liés à la gouvernance aux plans national, régional et international.

Il joue le rôle d’interface entre l’Observatoire et la Conférence épiscopale du Bénin.

Il est le porte-parole de l’Observatoire ; toutefois il peut déléguer cette prérogative à un autre membre du bureau de l’Observatoire.

 

Article 11 : Attributions

du secrétaire

Le secrétaire assure l’exécution des tâches administratives. Il est chargé de la tenue des archives de l’observatoire dont elle est la mémoire.

 

Article 12 : Attributions

du rapporteur

Le rapporteur rédige les rapports relatifs aux différentes activités de l’Observatoire, veille à leur conservation et à la mise en œuvre des recommandations et décisions y contenues en accord avec les autres membres du bureau.

 

Article 13 : Attributions des autres

membres

Les neuf (9) autres membres de l’Observatoire chrétien de la gouvernance,  non membres du bureau, sont repartis en trois(3) commissions de trois(3) membres chacune :

- Commission politique et sociale ;

- Commission économique ;

- Commission juridique et administrative.

Ces commissions sont supervisées par le coordonnateur de l’Observatoire ou par un autre membre du bureau à qui il délègue cette prérogative (…).

 

 

 

La charte du chrétien engagé dans la cité au Bénin

Extraits

Chapitre 2 : Des objectifs

 

Article 1er : Objet

 

La charte du chrétien engagé dans la cité au Bénin consigne les réflexions relatives à la prise de conscience des fondements et repères du nécessaire engagement des chrétiens, leur place et leur rôle spécifiques dans la cité, pour une meilleure visibilité et crédibilité de leur identité. La charte sert de référentiel à la fois aux clergés et aux laïcs.

Elle constitue un instrument d’affirmation de leur vision de la chose publique.

 

Chapitre 3 : Du champ

d’application

 

Article 2 : Chrétiens et citoyens

 

Les dispositions de la charte s’appliquent aux chrétiens catholiques laïcs engagés dans la cité.

Elles permettent aussi d’identifier les autres citoyens béninois qui partagent les valeurs chrétiennes et universelles y  contenues et qui peuvent être à ce titre associées aux chrétiens catholiques pour les mêmes combats.

 

Article 3 : Domaines

 

La charte couvre tous les domaines de la vie et du développement social, économique et politique de notre pays, et exige une bonne gouvernance politique, sociale, économique, administrative, culturelle aux niveaux à la fois central et décentralisé, régional et international.

 

Chapitre 4 : Des principes

directeurs

 

Article 4 : Charte et parti politique

 

La charte ne crée pas de parti politique : le fidèle catholique est libre, comme tout autre citoyen béninois, d’adhérer ou non au parti politique de  son choix.

 

Article 5 : Charte et enseignement

du Christ

 

La charte a pour socle les enseignements auxquels adhèrent les chrétiens catholiques, en tant que disciples du Christ, Chemin, Vérité, Vie, Justice, Paix et Amour.

 

Article 6 : Charte et chrétiens dans

la sphère politique

La charte est un référentiel des lois et valeurs évangéliques consacrées par le Christ et appelées à orienter et vivifier la vie, les actions et les engagements des chrétiens catholiques béninois dans la cité.

 

Article 7 : Charte et vision

de la société

 

La charte exprime la vision que les chrétiens catholiques béninois ont de leur pays, à savoir :

* une société de reconnaissance et de respect des libertés fondamentales, notamment celles d’association, d’expression, et de croyance ;

* une société de progrès, dont les membres œuvrent pour satisfaire les cinq besoins fondamentaux de l’homme : se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir, s’instruire dans une perspective de justice sociale ;

* une société de paix, de justice, de solidarité, de fraternité, opposée aux barrières ethniques ou régionalistes, et qui magnifie et récompense le travail.

 

Chapitre 5 : Des valeurs

fondamentales

 

Article 8 : Socle de valeurs

 

La charte est la mémoire des valeurs évangéliques qui fondent l’identité de tout chrétien catholique et qui permet de réaliser la croissance et la maturité de l’Eglise catholique. Il s’agit de :

* l’amour : sentiment de profond attachement à Dieu, à son prochain et à sa patrie. Ce sentiment suppose l’estime de soi et bannit l’orgueil, la haine et les luttes fratricides ;…

* la crainte de Dieu : sentiment qui anime les chrétiens, créatures de Dieu vis-à-vis de leur Créateur, au regard de leur comportement dans la société ; …

* la dignité : valeur inhérente à un être humain qui lui est propre et qui fait son honneur ;…

* l’intégrité : état d’une personne honnête, probe et incorruptible. Elle constitue l’un des fondements de la dignité humaine et s’appuie sur le détachement, le refus de la cupidité ;…

* la probité : principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité, considérée comme une justice naturelle ou morale indépendante  du droit en vigueur, qui repose sur l’impartialité et exclut l’iniquité, l’injustice, la violation du droit ;…

* le témoignage de la vérité : être le témoin de la réalité des faits, de l’attachement au vrai (ce qui est conforme à la réalité) par rapport au faux (ce qui est contraire à la réalité).

 

Chapitre 6 : Des

engagements

 

Article 9 : Engagements du chrétien

laïc

 

En adhérant aux dispositions de la présente charte, le chrétien catholique s’engage à :

* faire prévaloir, en toutes circonstances, la dignité humaine sur toutes autres considérations ;

* respecter,  en toutes circonstances, le bien commun des Béninois ;

* respecter les lois, règlements et institutions de la République ;

* cultiver l’esprit de paix et de cohésion sociale à travers la maîtrise et le sens du sacrifice;….

* privilégier l’intérêt général dans les prises de décision ;….

* incarner et promouvoir, à travers les comportements, les valeurs, à tous les niveaux de la société ;…..

* exercer une influence positive d’une manière qui n’offense pas la dignité ;

* œuvrer à l’inculturation de l’Eglise….

 

Chapitre 7 : De l’entrée

en vigueur

 

Article 11 : Adoption de la charte

 

La présente charte entre en vigueur après sa validation par la Conférence Episcopale du Bénin.

 

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