Aucune médaille, mais d’autres retombées positives. C’est le gain du Bénin au sortir du 18e championnat africain d’athlétisme.
Ouverts le mardi 26 juin dernier au Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo au Bénin, le 18e championnat d’Afrique d’Athlétisme a pris fin le dimanche 1er juillet 2012. Avec à la clé, plusieurs médailles distribuées aux différents champions dans diverses disciplines. Le Bénin, pays organisateur des compétitions n’en a reçu aucune. Toutefois, il peut se targuer d’avoir gagné autant que les médaillés, sinon plus, à en croire la plupart des acteurs de ce rendez-vous africain d’athlétisme.
Les acquis
Pour Théophile Montcho, président de la fédération nationale d’athlétisme, « il en est de ce 18e championnat d’Afrique d’Athlétisme ce que la visite du Pape Benoît XVI représente pour le Bénin ». Pour lui, tout comme on ne peut quantifier les bienfaits de la visite du Pape pour le Bénin, on ne peut finir d’évaluer les retombées positives de ce championnat pour la nation béninoise. Elles sont nombreuses et multiformes. « D’abord en notoriété, ce que le Bénin a gagné est incommensurable », estime M. Montcho qui cite pêle-mêle quelques acquis de ces compétitions : « de nouvelles infrastructures de haut standing et des équipements techniques de grande qualité ; le Bénin un peu plus connu à l’étranger ; un regain d’attention plus soutenu pour l’athlétisme, la découverte du Bénin par de grands pays d’athlétisme dont les dirigeants sont pour la plupart des hommes d’affaires ou de grands économistes. Et par rapport aux jeunes athlètes du Bénin, c’est la première fois qu’ils frottent avec leurs homologues africains de grands renoms. C’est un grand plus pour eux et qui a permis à certains d’améliorer leurs records nationaux… ». Au niveau sportif, les gens savent désormais que « le Bénin est aussi capable d’abriter des compétitions de haut niveau et s’en souviendront encore pour longtemps », se réjouit le président de la fédération d’athlétisme. M. Montcho reconnaît par ailleurs que « si le championnat avait été organisé dans un autre pays, les athlètes béninois ne pourront pas y prendre part nombreux. Les moyens ne nous permettront pas de faire participer nos 60 athlètes qui viennent de vivre ces moments forts du 18e championnat d’Afrique d’Athlétisme ». Puis il conclut avec assurance et détermination : « Dans deux ans, nous serons au Maroc, et je pense que les choses se passeront autrement ». Au-delà des médailles manquées, la satisfaction et la joie d’une organisation acceptable sont également les sentiments qui animent le directeur des réunions des compétitions, M. Alfred Amègan, chargé de la formation des officiels techniques dans le cadre de ce championnat, en collaboration avec M. Nonvignon Ocré, officiel technique international (Ito). A en croire M. Amègan qui a assuré la série de six formations aux 120 stagiaires officiels techniques, venus de tous les départements du pays, « le Bénin vient de gagner un grand pari dans le domaine des officiels techniques qui dépasse toutes les attentes. Ils peuvent désormais officier dans des compétitions très relevées comme celle qu’on vient de vivre. Ils ont été formés selon le système de formation des officiels techniques de l’association internationale des fédérations d’athlétisme (Iaaf) ». Avec cet acquis important, croit savoir M. Amègan, « ces 120 officiels béninois formés peuvent dans leurs départements respectifs démultiplier leur formation et ainsi, le Bénin peut désormais gérer de grandes compétitions sans faire appel à l’Iaaf ». Le volontaire technique Toussaint Tchawalassou est aussi fier de l’organisation pratique de ce championnat. Saluant entre autres les échanges technologiques entre les techniciens audio-visuels africains, M. Tchawalassou se réjouit de voir les athlètes béninois rivaliser aux côtés des ténors d’Afrique. « Ce 18e championnat permet de comprendre que l’athlétisme est une discipline sportive qui a de l’avenir et qu’on ne doit pas négliger au Bénin » ajoute M. Tchawlassou.
Les insuffisances
Ces acquis ne cachent cependant pas les multiples insuffisances relevées. Tchawalassou ne comprend pas que, quoiqu’informé depuis 5 ans de l’organisation des championnats, le Bénin n’ait pas pris des dispositions pour un décaissement à temps des fonds nécessaires à l’organisation. Il ne s’explique pas qu’en dehors de l’aire de jeu, les alentours du stade Charles de Gaulle sont insalubres. Il s’indigne aussi contre le traitement auquel sont soumis les athlètes dans les domaines de l’hébergement et de la restauration.
Ici, le président de la fédération nationale de l’athlétisme est amer. M. Montcho ne comprend pas que certains qui travaillaient dans l’ombre à bloquer le championnat se fassent passer aujourd’hui pour de grands organisateurs. Ils s’insurgent contre le comportement de certains compatriotes qui ont pris des engagements d’hébergement, de restauration ou autres et qui, au dernier moment, refusent de les honorer. « Ils sont des faux. Ils sont des malhonnêtes. Ils ne sont pas sérieux. Ils savaient bien que c’est avec l’Etat qu’ils traitaient. Ils nous suppliaient pour abriter des étrangers ou pour les restaurer dans les hôtels. Mais dès que les gens sont là, ils changent de langage. Ils mettent la pression. Ils menacent de les mettre dehors ou de ne pas leur donner à manger si on ne leur paie pas. Et ils n’hésitent même pas de le dire devant les étrangers. Ce n’est pas bien. Si c’était à reprendre, il y a des hôtels ou des restaurants avec qui, il ne faut plus jamais collaborer. Il y en a qui, si je continue d’être là, n’oseraient plus jamais se présenter devant moi pour demander quoi que ce soit. », se désole M. Montcho.
Et pour corriger ses insuffisances à l’avenir, le président de la fédération nationale d’athlétisme suggère que pour des compétions du genre, « l’Etat construise un village des athlètes qui peut accueillir jusqu’à 3000 athlètes quitte à le vendre après les championnats pour créer ainsi de nouveaux villages ou de nouvelles zones de développement ».
Guy DOSSOU-YOVO




