Editorial du 13 juillet 2012: Scénario ATT.

Carte du BeninAmadou Toumani Touré (ATT) fut un président africain qui pouvait être cité, après Mandela, comme un exemple de personnalité capable de se détacher du pouvoir. Son passé de putschiste honorable fait que lorsque, revenu aux affaires réglementairement par les urnes, il promettait ensuite de quitter le pouvoir à la fin de son second mandat, peu de personnes pouvaient douter de lui. Mais depuis le coup d’Etat de Sanogo et le basculement du Mali dans le drame, l’une des hypothèses pour expliquer la situation est que ATT et son épouse auraient laissé pourrir la situation du nord du pays, dans l’éventualité d’une instrumentalisation du chaos en faveur de leur maintien aux affaires.  

Même si comparaison n’est pas raison, j’ai été étonné de constater que de telles hypothèses du scénario ATT circulent dans l’esprit soupçonneux de Béninois ordinaires. Ils s’étonnent que, depuis que se chante la rengaine de « Le Bénin va mal », rien de sérieux ni de décisif ne s’amorce encore pour tracer les sillons d’une remontée. Qui pis est, ce qui se dit, se fait et se médiatise tend à laisser le mal s’envenimer. Quelqu’un ou des gens auraient-ils des intérêts sordides cachés dans le mal-être béninois actuel, pour ne pas réagir de façon plus conséquente afin de changer au mieux le cours des événements ?

Aux partisans de la théorie de conspiration, aux défenseurs de la dictature du développement autant qu’aux adeptes de violence militaire ou populaire, il faut s’investir à trouver des arguments pour entrer en discussion critique. Le scénario ATT du Mali rappelle, s’il en était besoin, comment nos pays peuvent se désagréger assez facilement. Il prouve par les faits que, dans le chaos instrumentalisé ou non, personne n’est sûr d’être maître de la situation. Il prouve en plus qu’il vaut mieux encore rester dans le système démocratique pour combattre de l’intérieur et avec les moyens de l’Etat de droit les dérives les plus inquiétantes.

Cette tâche est d’autant plus urgente quoique compliquée ; de sorte que l’indifférence souffrante et la résignation démissionnaire gagnent l’âme de bien de Béninois. Une citoyenne plus philosophe et un brin stoïque emprunte à un proverbe fon l’expression de sa désolation. « Mɛ gégé ku nɔ vɛ yi a ». Ce qui se traduit : « la mort en masse est moins douloureuse ».

Quelles que soient les hypothèses pour expliquer notre mal-être et les scénarii pour en sortir, nous n’avons aucun intérêt à nous laisser mourir.

André S. QUENUM

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